Mercredi 8 juillet 2009
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Dans la série des réactions face à la crise scolaire au Mali, nous vousproposons cet autre article dans un style tout différent. Il s'agit du commentaire de
Monsieur KEITA Lassana qui date du 07/07/2009.
La crise qui secoue l'école malienne depuis 18 ans est plus profonde que l'analyse qu'en font certains "spécialistes". La passion ne viendra jamais à bout d'elle.
La leçon de morale qu'on semble administrer aux enseignants est inopportune. L'école publique est seulement le lieu des enfants du peuple malien et de ceux des braves enseignants. En réalité
c'est le Mali entier qui est malade de ses dirigeants. Ils ne voient jamais les maux qu'ils ont engendrés; ils ne savent que s'acharner contre les courageux enseignants qui ont été acculés dans
leurs derniers retranchements. Les enseignants sont-ils coupables de détournements éhontés de deniers publics, d'abus de biens sociaux, d'enrichissements illicites, de trafics d'influence,
d'injustices rampantes? Au contraire, ce sont les enseignants qui sont pris en otage par le régime actuel qui ne cesse de pousser la population contre eux, en somme une incitation à la haine. De
2008 à nos jours, les enseignants ont essuyé toutes les insultes, toutes les moqueries, tous les mépris par certains membres de l'équipe dirigeante. Ce n'est pas ce qu'ils attendaient d'elle. Qui
a joué le rôle de recours pour les syndicats d'enseignants? Au lieu de cela, pratiquement tout le monde les a lâchés dans leur enfer depuis 2007.Qu'on ne trouve rien à leur donner ("on ne devient
pas enseignant pour avoir de l'argent"), soit ; mais nul n'a le droit de casser leur moral. Tout laisse à croire que ce sont les autorités elles-mêmes qui jettent l'huile sur le feu. Que dit-on
de ces milliers d'élèves qui battent le pavé depuis une décennie, parce que non orientés après le DEF ? Pourtant la législation scolaire malienne commande d'orienter jusqu'à 21 ans! Que dit-on de
ces enfants non scolarisés, faute de classes et d'enseignants? Qui a bradé l'école malienne,avec des méthodes et des programmes inadaptés, avec des examens réduits à 4 matières du CEP au bac, en
passant par le DEF, le Cap et le BT ? L'État a démissionné dans la poursuite de ses efforts au secondaire pour céder sa place à la privatisation sauvage. Actuellement, il gère seulement 57
établissements publics (lycées, écoles professionnelles, Instituts de formation des maîtres) sur toute l'étendue du pays contre 342 établissements privés agréés du même ordre. La vérité est que
les enseignants sont moins coupables que les autorités. Quotidiennement, ils assument avec honneur et dignité leur part de responsabilité. Ils affrontent les effectifs pléthoriques, les
agressions physiques et morales, les injustices de tous ordres, le clientélisme, le favoritisme, le chantage, les dénigrements, l'insécurité financière... Les enseignants ne méritent en aucun cas
les invectives de tous les horizons. Aucun régime ne s'est autant acharné verbalement contre eux. Pourquoi son Excellence Monsieur le Président de la République ne les rencontrerait-il pas
lui-même? En accordant des primes fabuleuses à certains agents de la fonction publique malienne aux dépends des enseignants, l'on s'est montré coupable de discrimination comme jadis au pays de
l'apartheid. Ce n'est pas avec plaisir que les enseignants ont recours à la rétention des notes et à la non évaluation. C'est toujours contre eux que s'observent les sorties médiatiques. A-t-on
l'habitude d'étaler sur la place publique les primes accordées aux autres agents de la fonction publique? Il suffit d'accorder des miettes aux enseignants pour voir les autorités et les médias
d'État vendre la mèche à l'opinion nationale.
Tout le monde a eu vent des propositions de 7000 à 10000fcfa.il faut préciser que la même prime de responsabilité existe depuis juillet 2001, octroyée par son
Excellence Alpha Oumar Konaré en lieu et place de 1,15 p à l'UNTM. Elle est de 8000fcfa pour le secondaire et 6000fcfa pour le fondamental.
L'usure n'a jamais été une bonne stratégie pour réduire une action syndicale, encore moins la blessure morale. Nous devons nous respecter et nous dire la vérité. Les syndicats d'enseignants ont
la redoutable mission d'exiger l'amélioration des conditions de vie pour fixer leurs militants à l'exercice de leur fonction. Ce n'est pas en marginalisant leur corps qui peine au soleil qu'on
les arrêtera. Ces derniers temps, l'on a assez exacerbé leur misère morale dans les sketches à la télé et à la radio d'État. Pourtant, rarement l'on tombe sur un(e) scolaire exclu(e) malgré ses
bonnes performances. Malgré tout, ne devient enseignant que celui qui a tout perdu.
En vérité, les enseignants restent encore, quoiqu'on dise, une vraie chance pour le Mali. Ils demeurent parmi les moins corrompus du pays. Ils méritent d'être soutenus et encouragés. Aucun
sacrifice n'est au-dessus de l'école .Tous les pays voisins sont passés par là. Depuis le Grand Modibo Keita, l'école et les enseignants sont restés orphelins au Mali. Leur respect et leur
motivation restent un passage obligé pour l'avenir du Mali. C'est un devoir historique.